Je crois que par l'esprit comme par l'intelligence analytique on peut collaborer avec le monde. Mais entre le coeur et le monde, c'est une lutte à mort. C'est pourquoi le coeur est la chose la plus dure du monde, contrairement à l'opinion courante qui dit que le coeur est tendre. Je pense qu'il faut avoir le coeur très ferme pour que le monde n'y entre pas, car s'il y entre, c'est terminé. Personne n'a jamais eu le coeur plus dur que le Christ. Le Christ peut rayer le monde avec son coeur, parce que celui-ci a la dureté du diamant, mais l'inverse n'est pas vrai: la vitre du monde ne peut rien contre la dureté du coeur du Christ. Si elle s'y oppose, elle se brise. Si le coeur n'était pas aussi dur, il aurait disparu depuis longtemps parce qu'il est tout petit. Comment le monde pourrait-il reconnaître ce qui est tout petit? C'est toujours le plus petit qui nous sauve. Moi, j'ai très peu de choses au fond de ma poche: un ou deux sourires, deux ou trois phrases glanées dans quelques livres. J'ai une petite boîte avec moi, qui n'existe pas mais ne me quitte jamais. Elle ressemble à ces petites boîtes dans lesquelles les enfants s'amusent à mettre des perles. Dedans, j'ai mis quelques sourires, et parfois je les regarde et ils sont aussi beaux et neufs qu'autrefois. C'est l'amour qui est dans cette petite boîte. Ce qui existe de manière plus forte que le monde entier. Je peux tout perde mais pas ça. Quand je l'ouvre, je retrouve le vrai sens, la vraie direction, l'unique certitude que je peux avoir. C'est quelque chose de minuscule mais d'indestructible. Je n'ouvre pas souvent cette petite boîte. Je ne l'ouvre que de temps en temps, pour que rien ne s'évente, mais le regard que j'y jette a cette durée très longue des éclairs et j'en ramène un sentiment d'éternité.





